Comprendre la dépression

Les causes de la dépression

La dépression est souvent causée par l’existence de vulnérabilités ou de facteurs de risques à la fois :

  • Biologiques: affection médicale, déséquilibre hormonaux…
  • Psychologiques et comportementaux : tendance au pessimisme, à la rumination des évènements négatifs…
  • Sociaux  et environnementaux: facteurs de stress, perte d’emplois, divorce, décès, isolement…

Un évènement stressant peut être le déclencheur d’une dépression : la personne ressent de la tristesse, elle ne prend plus de plaisir dans les activités habituelles, elle devient pessimiste et ne se sent plus capable de mener quoi que ce soit à bien.

Lorsqu’on vit un évènement stressant ou difficile, il est normal de ressentir une période de tristesse ou d’abattement. Cependant, dans la plupart des cas, on finit par mobiliser nos ressources personnelles pour s’adapter à cet évènement en l’acceptant ou en tentant d’y faire face. Cependant, chez certaines personnes présentant des vulnérabilités, il va se mettre plusieurs cercles vicieux qui vont entraîner un maintien de la personne dans cet état dépressif.

Les cerces vicieux comportementaux de la dépression

La perte de goût pour les activités

La personne déprimée va perdre le goût, l’envie et la motivation à réaliser les activités agréables qu’elle faisait (sport, cuisine, tâches quotidiennes). Ces activités étaient sources de plaisir direct et donnaient à la personne le sentiment d’être compétente et efficace. La suppression de ces activités rend la personne encore plus triste et diminue son estime personnelle (doute de soi, auto-reproches…). La personne tombe ainsi dans un cercle vicieux qui l’enracine dans cet état de tristesse : la tristesse supprime les activités plaisantes qui contribuent à fournir un minimum de plaisir à la personne, elle se sent donc au fond du gouffre.

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Le repli sur soi et la baisse des contacts sociaux

En plus de mettre fin à ses activités plaisantes, la personne déprimée ressentira le besoin de se replier sur elle et de diminuer ses contacts sociaux. L’apathie et les plaintes permanentes risquent également de faire fuir les personnes qui continuent de la voir. Cela laisse la personne dans une situation de vide social, elle ne bénéficie donc plus du soutien de ses amis ni du plaisir qu’elle avait à les voir. La dépression va entraîner ainsi un second cercle vicieux qui diminue les contacts sociaux et ne fait qu’empirer et enraciner le problème.

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L’utilisation de substances psychotropes

Enfin, dans certains cas, la personne dépressive peut se tourner vers des substances psycho-actives pour tenter de se changer les idées (alcool, cannabis…). Cependant, ces substances ne font que donner une illusion temporaire de mieux-être. Dès que la personne retrouve ses esprits, la souffrance est toujours là ; elle est même aggravée par les effets neuropsychologiques des substances (diminution de la motivation, fatigabilité, tendance dépressive…). La personne est ainsi prise dans un troisième cercle vicieux : elle remplace les plaisirs naturels et sociaux par des plaisirs artificiels qui lui donnent l’impression d’une aide temporaire, alors que cela entraîne un maintien de l’état dépressif et un risque d’addiction à des substances.

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Les cercles vicieux psychologiques de la dépression

Les cercles vicieux précédents agissaient par le biais du comportement de la personne (elle fait moins d’activités, va moins vers les autres ou utilise des substances psychoactives). D’autres cercles vicieux ont lieu à un niveau psychologique : ils changent la vision du monde de la personne et sa perception de la réalité.

La personne triste risque de développer une vision négative :

  • D’elle-même: Elle peut se dévaloriser, se faire des reproches, se sentir incapable et incompétente. Elle pense qu’elle ne vaut rien, cela aggrave la souffrance qu’elle ressent et l’empêche de mobiliser ses ressources personnelles pour se sortir de la situation.
  • De son entourage: la personne peut considérer son entourage comme impuissant voire même hostile : elle ne se sent pas comprise, aidée, accompagnée par l’entourage. Cela contribue à renforcer l’isolement et le vide social.
  • De son futur: la personne dépressive montre du désespoir et du pessimisme vis-à-vis du futur. Elle pense que le futur sera négatif et qu’elle ne s’en sortira pas.

Cercle vicieux psychologique dépression

Cette nouvelle perception de la réalité va entraîner une perception biaisée de la réalité. Des biais peuvent se manifester à trois niveaux :

  • Attention : la personne ne prend en compte que les évènements négatifs et ignore les moments positifs de sa vie.
  • Interprétation : la personne interprète les évènements neutres comme négatifs.
  • Amplification : la personne voit des évènements négatifs encore plus qu’ils le sont, elle a tendance à amplifier son ressenti négatif et à dramatiser les évènements de la vie. Elle ne fait cependant pas exprès, elle perçoit la réalité telle qu’elle la voit.

En raison des croyances et des biais cognitifs, la personne peut développer deux mécanismes psychologiques :

  • Une anticipation négative du futur : elle s’attend à ce que les choses se passent mal.
  • Une rumination des évènements passés désagréables : la personne repense souvent aux évènements douloureux qui se sont passés.

Ces deux mécanismes amènent la personne à focaliser son attention, ses pensées et son énergie sur des évènements négatifs déjà passés ou que la personne imagine arriver. Tout cela risque de générer des pensées et un monologue intérieur négatif, et donc renforcer l’humeur triste et la souffrance de la personne.

Enfin, au niveau psychologique, deux autres facteurs sont susceptibles d’intervenir :

  • Le sentiment de contrôle: la personne dépressive peut perdre le sentiment de contrôler son environnement. Elle a alors l’impression que ce qui lui arrive ne dépend pas de sa volonté ou de son comportement. Elle a le sentiment de subir ce qui lui arrive. En retour, cela ne l’incite plus à agir sur son environnement pour atteindre ses objectifs personnels, ce qui renforce la souffrance et peut mener jusqu’à l’impuissance acquise (le sentiment de n’avoir aucun contrôle sur son environnement, autant sur l’évitement des expériences négatives que sur la réalisation d’expériences positives)
  • L’attribution des réussites et des échecs: une personne dépressive peut également penser que ses réussites sont le fruit du hasard et que ses échecs sont de sa faute personnelle. Ce schéma de pensée amène la personne à se dévaloriser systématiquement et renforce sa croyance qu’elle ne vaut rien, augmentant ainsi sa souffrance personnelle et sa dépression.

Thérapie comportementale de la dépression

Une psychologue ou thérapeute comportementaliste va aider la personne à stopper les cercles vicieux de la dépression. Il va l’inciter à reprendre des activités de type maîtrise et plaisir afin qu’elle reprenne progressivement goût aux activités et à la vie. Le thérapeute va également inciter la personne à reprendre à son rythme une activité sociale pour qu’elle puisse sortir de l’isolement, retrouver un soutien de ses connaissances et retrouver le plaisir de passer du temps avec ses amis ou sa famille.

Le psychologue respecte le rythme de la personne et travaille de manière graduelle et progressive.

Thérapie cognitive de la dépression

Le psychologue ou thérapeute cognitiviste va davantage travailler sur la perception négative de la réalité propre à la personne dépressive, il va l’aider à percevoir la réalité de manière plus réaliste, sans dramatisation ou catastrophisme. Avec des exercices de pensées ou de questionnement socratique, il va amener la personne à questionner le fondement de ses croyances.

Le thérapeute va notamment travailler sur les croyances dysfonctionnelles, le monologue intérieur critique, les pensées négatives et les biais cognitifs. Il peut compléter son approche par un travail sur l’estime de soi et sur le sentiment d’efficacité et de contrôle.

Le plus souvent, le thérapeute utilise aussi bien les techniques comportementales que cognitives, on parle alors de thérapie cognitivo-comportementales de la dépression (TCC). Les TCC cherchent systématiquement à évaluer l’efficacité des thérapies qu’elles proposent sur la base d’étude scientifique. Les études suggèrent que la thérapie cognitive seule est autant voire plus efficace que les antidépresseurs à moyen et long terme (Cottraux, 1990). De plus, une étude globale sur le sujet appelée méta-analyse (Dobson, 1989) suggèrent que la psychothérapie cognitive est autant voir plus efficace que les autres psychothérapies existantes dans le traitement de la dépression.

Bibliographie

Cottraux, J. (1990). Les thérapies comportementales et cognitives, Paris : Masson.

Dobson, K.S. (1989). A Meta Analysis of Efficacy of Cognitive Therapy for Depression. Journal of Consulting and Clinical Psychology. 57, 414-419

Ngô, T.L., Chaloult, L., Goulet, J. (2014). Guide de pratique pour le traitement du Trouble dépressif majeur.

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